Je n’ai pas peur – Niccolò Ammaniti

9782264056832Voici un livre que m’a conseillé mon copain. Et déjà, ça, c’est surprenant. D’habitude les choses ne fonctionnent pas dans ce sens là. Mais après avoir lu ce livre, il m’a dit « Il faut absolument que tu le lises ! ». Alors ni une ni deux, je l’ai pris et ce livre est devenu mon compagnon de transport en commun.

Il y a des souvenirs de jeunesse qui longtemps restent imprimés entre les parois de la mémoire, des souvenirs qui traversent la vie, baignant dans une aura particulière. Michele Amitrano a passé sa jeunesse dans le Sud italien, à Acqua Traverse, un tout petit hameau. Ses journées se partagent entre les repas de famille et les sorties avec ses camarades en culottes courtes des maisons alentour. Des jeux improvisés dans la campagne, des parties de football, des virées par monts et par vaux, sous la houlette de Rackam, le chef de bande, petit saligaud, imposant des gages tordus et pervers. C’est précisément à l’occasion d’un gage périlleux queMichele fera l’une des rencontres les plus surprenantes et inquiétantes de sa vie, celle d’un enfant.

Tout se passe dans la campagne profonde près de Rome. Ce genre de bourg, perdu entre deux champs, vous voyez ce que je veux dire ? Et la première chose qu’on remarque dans le livre… c’est le caractère dérangeant de ces enfants sadiques… de ses adultes à la limite de la violence, de tout cet univers où l’ignorance semble reigner.

Niccolò Ammaniti sait nous replonger en enfance tout en faisant ressortir le pire ce ces années… Mais tout change quand Michele rencontre un enfant de son age… seul dans un trou.  C’est à ce moment que toute l’innocence d’un enfant de 10 ans reprend le contrôle du livre et on ne peut que se laisser porter par ce garçon plein de bonne volonté qui découvrira bien trop tôt les horreurs que peuvent inventer les adultes.

L’auteur est virtuose du style. En mettant en scène son histoire pendant un été caniculaire, il ne nous laisse pas une seconde pour respirer. Il nous suffoque. A chaque nouvelle page, on se dit que ce n’est pas possible. Qu’il n’aurait tout de même pas oser ?

Et pourtant, on ne referme pas le livre, on y va jusqu’au bout, incapable de laisser Michele seul dans ce monde cruel.

C’est un livre auquel je mets 5 vrais BirdyBooks. C’est une histoire incroyable qui vous tiendra en haleine.

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Dans la mer il y a des crocodiles – Fabio Geda


Quand vous lirez cet article, cela fera plus de deux que j’aurais lu ce livre, ce qui signifie que je l’ai lu exactement pendant la semaine du 13 Novembre. C’est surement ce qui aura rendu ma lecture si longue, si lente. Je ne voulais pas publier cet article pendant le mois scandinave et je ne voulais pas non plus le publier pour Noël. A Noel, je veux des paillettes, des contes, du Dickens, des enfants qui rient, des Disney, mais loin de moi les sujets trop sérieux.

Enaiat a dix ans lorsque sa mère l’oblige à fuir leur petit village de Nava, dans la vallée de Ghazni, en Afghanistan. Elle l’abandonne de l’autre côté de la frontière, au Pakistan, pour le protéger car Enaiat appartient à l’ethnie des Hazaras, persécutée par les Pachtounes et les talibans. Pour lui débute alors un périple de cinq années jusqu’en Italie en passant par l’Iran, la Turquie et la Grèce.

Dans ce roman, le jeune Enaiatolah nous explique son parcours de l’Afghanistan en Italie. Au cours des pages, on oublie souvent l’age de ce garçon. En effet, Enaiatolah commence son parcours à 10ans et arrive en Italie vers l’age de 14ans. Ce qui nous fait souvent oublier ce fait c’est la dureté des faits, des conditions de vie du garçon. Pour nous, occidentaux, il semble inconcevable qu’un enfant ait pu faire de telle choses, ait pu voir de telle horreur, ait pu vivre un tel stress.

Durant son discours, le narrateur ne s’attarde pas sur les noms, sur les descriptions, mais sur les ressentis, sur son vécu des événements et cela nous rappelle à quel point il est loin de toute valeur matérielle.

Peut être que la seule chose qui m’a un peu énervé dans ce livre… c’est les passages où l’auteur prend la parole. Alors que le narrateur explique les faits de manière très terre à terre, l’auteur vit dans un monde de bisounours qui, finalement, coupe le texte et casse le rythme.

Face à ce qui s’est passé il y a peu en France, on ne peut qu’etre touché par ce livre et par les horreurs que nous raconte le narrateur. Ce livre met les points sur les i en ce qui concerne l’ammalgame qui est, hélas, souvent fait sur les musulmans, sur les réfugiés, et sur la violence. J’étais en plein milieu de l’histoire quand ce fameux Vendredi 13 est arrivé. J’ai arête de le lire. C’était trop réaliste. Les mots prenaient un autre sens. Un sens que je me refusais de comprendre.

Au final, ce ne sont qu’une centaine de pages environs mais ce livre est une vrai claque, ça vous remet les pieds sur terre et je le conseille à tout le monde. Alors pour moi, c’est 4 étoiles, je lui enlève une étoile juste pour cette histoire d’auteur un peu trop intempestif.

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Si c’est un Homme – Primo Levi

Il y a des livres qu’il « faut » lire, et je pense que ce livre est dans cette liste. Je suis de retour à Milan depuis désormais un mois et je n’ai pas pu amener ma valise de livre comme je le souhaitais. Du coup, je me suis retrouvée ici, sans rien à lire. Il a fallu que j’aille fouiller dans la bibliothèque de l’homme et j’ai surtout trouvé des classiques qu’il a du lire au collège et entre autre… Se questo è un uomo de Primo Levi. Alors je me suis jetée dedans.

Si c’est un homme raconte l’expérience de son auteur dans le camp d’extermination d’Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale. Primo Levi explique, à partir de son quotidien dans le camp, la lutte et l’organisation pour la survie des prisonniers. Tout au long de ce récit, il montre les horreurs de la déshumanisation des camps.

Avec un tel résumé vous comprendrez que je m’attendais à un texte dure, difficile à digérer, je serais déjà les dents. Alors quel a été mon choc quand après avoir lu une trentaine de page j’ai du me faire une raison: ce n’est pas du tout le cas.

Tout au long de son récit, le narrateur utilise des termes neutres. Il n’en ressort aucune haine, aucune peur, aucun sentiment négatif.

Les faits dont il parle avec tant de simplicité semblent si irréel que si je ne connaissais pas l’Histoire, je n’y aurais pas cru. Il y a une telle différence entre la réalité des faits et la manière dont ils nous sont contés que je n’arrivais pas à être émue.

Et pourtant tout est dans ce livre: c’est le triste moment où l’Histoire rencontre l’histoire de Primo Levi et lui, il n’est pas là pour nous émouvoir ou occuper son public, il se fait juste un devoir de raconter les faits comme il les a vécu. Ni plus ni moins.

Mais cela a aussi une explication. Dans l’édition que j’ai lu, l’auteur se permet de répondre aux questions que le lecteur peut se poser: Il ne ressent aucune haine contre les allemands et aucun besoin de vengeance. Tout simplement car selon lui, la haine est un sentiment animal, sauvage, et qu’il ne sent pas de ceux qui sont capable de tels sentiments. Néanmoins il le dit: il ne pardonne pas. Rien n’est oublié.

Je suis ressortie de ce récit comme d’un reve étrange. Vous savez, ces rêves dont  vous ne vous souvenez pas quand vous vous réveillez et pourtant qui vous ont laissé dans la perplexité ? Vous n’arrivez plus à dire de quoi il s’agit exactement, mais vous le savez, c’était un mauvais reve.

Ce livre est ainsi, il vous met en transe et laisse une trace dans votre cerveau, de celle qui ne s’en vont pas si facilement.

Voi che vivete sicuri
Nelle vostre tiepide case,
Voi che trovate tornando a sera
Il cibo caldo e visi amici:

Considerate se questo è un uomo
Che lavora nel fango
Che non conosce pace
Che lotta per mezzo pane
Che muore per un sì o per un no.
Considerate se questa è una donna,
Senza capelli e senza nome
Senza più forza di ricordare
Vuoti gli occhi e freddo il grembo
Come una rana d’inverno.

Meditate che questo è stato:
Vi comando queste parole.

Scolpitele nel vostro cuore
Stando in casa andando per via,
Coricandovi alzandovi;
Ripetetele ai vostri figli.

O vi si sfaccia la casa,
La malattia vi impedisca,
I vostri nati torcano il viso da voi.

Primo Levi – “Se questo è un uomo”

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